Une autre science est possible !

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Le compromis qui a longtemps assuré aux chercheurs le minimum d'indépendance vitale est mort. L'économie de la connaissance est dépendante des intérêts privés. Un plaidoyer pour la slow science auquel répond, en miroir, et à un siècle de distance, un brillant pamphlet du philosophe William James.

Comme le fast food, la fast science, c'est vite fait, pas bon et pas très digeste ! Le compromis qui a longtemps assuré aux chercheurs le minimum d'indépendance vitale est mort. L'économie de la connaissance est dépendante des intérêts privés. Une économie spéculative – avec ses bulles et ses krachs – s'empare de la recherche scientifique. Les chercheurs doivent intéresser des « partenaires » industriels, participer aux jeux guerriers de l'économie compétitive. Ils ont le devoir de rappeler aux étudiants que s'ils veulent survivre, ils doivent formater leurs questions, les traduire selon des normes aveugles, académiquement acceptables. La philosophie n'est pas épargnée. À l'université elle accueillait ceux qui, venant d'ailleurs, avaient besoin de temps pour reformuler les questions qui, ailleurs, signifiaient « perte de temps ». À l'avenir il n'y aura plus que des philosophes « rapides » publiant dans des revues reconnues, lues par d'autres philosophes rapides. Mais comment poser publiquement la question d'un désastre lorsque l'on ne veut pas que le public perde confiance en « sa » science, et se mêle de ce qui n'est pas censé le regarder ? Les mots d'ordre comme « Sauvons la recherche » font consensus, alors qu'ils ne posent surtout pas la bonne question : « de quoi faut-il la sauver ? » Isabelle Stengers montre comment la science changera si les chercheurs cessent de se prendre pour le « cerveau pensant, rationnel, de l'humanité » et refusent que leur expertise serve si souvent à faire taire l'inquiétude de l'opinion. Si leur objectif n'est plus d'imposer le respect, ils devront nouer des liens, non pas avec les entreprises privées mais avec le public dont la vie est bouleversée par les nouveautés techniques. Un public qui n'a aucune raison de croire en un progrès scientifique inéluctable capable de résoudre les grands problèmes de sociétés. En 1903, le philosophe américain William James (1842-1910) publiait un court texte pamphlétaire : « Le poulpe du doctorat ». Il éprouvait une telle répugnance vis-à-vis de l'enseignement académique qu'il se présentait volontiers comme un outsider, voire un charlatan. Au regard des plus récentes inventions institutionnelles visant à évaluer les chercheurs, les examens auxquels James s'en prend apparaissent pourtant comme d'innocents archaïsmes… Le poulpe enlace les chercheurs plus puissamment que jamais. L'effet miroir de ce texte, vieux d'un siècle, est aussi cocasse que saisissant.

Date de parution: 

11 Janvier, 2018

Prix: 

16.95$

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